Les cabarets d'Oran...le chemin du plaisir...et de Satan

  • C’était un dimanche lorsque nous avons décidé de visiter quelques boites de nuit, afin de voir une des facettes de la société algérienne. Où le côté animal prédomine et les instincts remplacent la conscience.
  • Nous nous sommes arrangé avec quelqu’un pour nous accompagner dans cette aventure nocturne.
  • Nous avons quitté notre hôtel vers les coups de 21 heures. Nous devions attendre jusqu’à onze heures du soir, heure à laquelle les clients commencent à arriver. Des vendeuses de plaisir high class qui, dès que les rues du front de mer sont vides, elles sortent comme des abeilles et se dirigent vers les boîtes de nuit.
  • Nous ne savions pas si on allait nous permettre d’entrée avec le voile. Notre accompagnateur nous informa qu’il était impossible d’y accéder avec cet habit et que ceci pourrait même être fatal pour notre mission secrète. Il nous demanda de ne pas y entrer et qu’il allait nous relater tout ce qui se passe à l’intérieur. Nous refusâmes et effectuâmes des changements dans nos habits sans enlever le voile (Khimar).
  • L’aventure commença alors par notre entrée dans une boîte de nuit où nous nous dirigeâmes directement au bar. Nous eûmes peur un instant en voyant un homme, dépassant la cinquantaine, les cheveux grisonnant, élégamment habillé, donc aisé, sinon de la catégorie des responsables. Une jeune serveuse, petite de taille, les cheveux teints en blond, portant à peine des habits qui lui couvrent quelques parties du corps s’approcha de lui et lui dit avec un accent oranais « Vous êtes chez vous khouya (mon frère) matah’chamch (ne soit pas timide), nous allons vous régler comme il faut…mais revenez dans une heure ». L’homme lui répond à voix à peine audible, la tête baissée. Nous n’avions pas pu l’entendre. L’homme sorti du bar et nous eûmes encore plus peur. Nous crûmes que nous n’allions pas sortir de ces lieux indemnes si on découvrait qui nous étions. Mais notre curiosité de journalistes nous donna le courage de défier la peur et de poursuivre notre aventure d’un bar vers un cabaret. Nous vîmes des filles de mascara, de Sidi Belabès envahir les boîtes de nuit oranaises.
  • Ce sont des filles de différents âges, venues de différentes wilayas du pays à la recherche d’un travail et qui se sont retrouvées à pratiquer le plus vieux métier du monde dans des boîtes de nuits et des cabarets. Nous essayâmes de connaître l’origine des filles qui travaillent  la boîte de nuit « El Hadef » dans laquelle nous avions passé quelques heurs. Un serveur, que notre accompagnateur nous présenta, nous dit que ces dernières venaient essentiellement de Mascara, Sidi Belabès, Tiaret et même de Blida, et qu’elles sont plus nombreuses que les oranaises. Elles font tous les cabarets d’Oran à la recherche de clients potentiels. A une question sur leurs situations sociales et intellectuelle, celui-ci nous dit que la majorité ne sont pas cultivées et vivent dans des conditions sociales très difficiles, chose qui les a poussé à rentrer dans ce monde. Il y a des divorcées abandonnées par leurs époux et qui se sont retrouvées dans la rue. D’autres on été violées et donc rejetées par leurs familles et par la société. « La vie est très difficile. Elles essayent de gagner leur pain quotidien. Il y en a même qui travaillent pour nourrir des familles » nous dit le videur. Et d’ajouter « moi-même, je travaillait dans une société, je me suis retrouvé sans travail. J’ai accepté de travailler ici. C’est mieux que d’aller voler et tuer »
  • Le videur nous informa que les mineures ne sont pas autorisées dans cette boîte de nuit. « Nous ne voulons pas avoir de problèmes avec les services de sécurité. Le cabaret est connu dans Oran »
  •  
  • Dès que nous rentrâmes dans  le bar El Hadef, tous les regards se tournèrent vers nous. Nous crûmes que nous étions indésirables dans ces lieux. Nous nous sommes installés avec notre accompagnateur et avons essayé de nous adaptés à ce milieu qui nous paraissait bizarre. Nous parlions dans notre accent algérois. Une serveuse qui nous a entendue dit à son amie « ça se voit qu’elle est nouvelle dans le milieu ». De notre côté, nous essayons de trouver un moyen de nous approcher d’une de ces filles de joie et de lui parler sans se faire découvrir. Des groupes de « filles du milieu, habillées en décolleté, mettant en évidence les parties sensuelles de leur corps pour chasser des clients. Des clients, il y en a, même des étrangers. Des espagnoles, des portugais qui, le jour investissent des projets et la nuit des corps.
  •  
  • Au cabaret « El Hadef », situé dans la rue Larbi Tebessi, je fus surprise de voir une fille de joie offrir son corps à toute personne qu entrait, à la recherche de plaisir.
  • Les étrangers, nombreux dans ces lieux, travaillent le jour dans leurs projets de développement, et le soir se ils faufilent dans les boîtes de nuit et les cabarets qu’ils envahissent surtout en hiver. Ils cherchent à assouvir leurs désirs sexuels à des prix fixés par les filles de joie qui, parfois dépassaient les 3 millions de centimes la nuit.
  •  
  • Des discussions politiques, économiques et Khalida Toumi.
  • Oui, même Khalida Toumi, Ministre de la culture, était présente dans le cabaret « El Hadef » pas de son corps mais à travers les ses décisions de fermeture de 14 boîtes de nuit à l’office Riad El Feth, après que ce dernier soit devenu un lieu de boîtes de nuit. Une fille de joie était très intéressée par le sujet. « La décision de Toumi nous intéresse toutes »
  •  
  • Il ne m’a pas été facile de m’approcher de l’une d’elle. Notre accompagnateur me conseilla une astuce. Je me suis dirigé vers deux jeunes filles et je leurs ai demandé si je pouvais me joindre à elles. Elles acquiescèrent sans même me poser de questions. Je me présenta et après quelques instants, je leur raconte que j’étais venue à Oran à al recherche de stabilité et que je fuyais mon frère qui a voulu me violer à plusieurs reprises et que je préférais travailler ici plutôt que de rester parmi ses sauvages. L’une d’elle a alors commencé à raconter sa vie puis m’a promis de m’aider. Elle me donna son numéro de téléphone et me proposa de passer la nuit chez elle. Elle était très belle, âgée de 23 ans. Elle s’était mariée à l’âge de 15 ans (mariage coutumier) et après trois mois, elle découvre que son mari la trompait dans sa propre maison et sur son propre lit. Ce dernier la jette dans la rue après avoir divorcé. Son père ne l’a pas aidé et elle se retrouva abandonnée par tous. Elle rentra alors dans le monde de la prostitution. Elle fit la connaissance d’un jeune homme avec qui elle eue une fille, aujourd’hui âgée de six ans scolarisée mais sans dossier car n’ayant pas été enregistrée.
  • Elle nous raconte qu’elle travaille dans un salon de thé. A notre question, elle nous confie qu’elle gagne entre 2 et 3 millions de centimes. Le jour, elle pratique « le passe » ou « le passe vite » qui lui rapportent jusqu’à 300 milles centimes. Le soir, elle chasse ses clients au bar ou au cabaret où elle passe des nuits blanches moyennant 3 millions de centimes. J’ai ensuite essayé de parler à son amie mais celle-ci ne m’ignorait complètement. Elle me dit alors que son amie est ivre et qu’elle avait bu une grande quantité d’alcool.
  • J’ai quitté le cabaret laissant derrière moi les filles de joie attendre leurs clients afin de gagner leur pain quotidien.
  •  
  •  
  • Ennahar/ Reportage de Nachida Kouadri
COMMENTAIRES