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« Léon XIV en Algérie » : Quand la grande Histoire, la foi et le deuil d’une fille s’unissent sous la plume de Lila Lefèvre

« Léon XIV en Algérie » : Quand la grande Histoire, la foi et le deuil d’une fille s’unissent sous la plume de Lila Lefèvre

Dans son ouvrage intitulé Léon XIV en Algérie : Sur la terre de Saint Augustin, la journaliste Lila Lefèvre propose une œuvre singulière, à la fois enquête historique, chronique d’actualité, méditation spirituelle et récit intimiste. Entre la figure du grand penseur d’Hippone, l’arrivée historique d’un pape sur le sol algérien et le retour accordé par la terre natale à Lila Hadad ,l’auteure livre un document d’une sensibilité poignante.

Une plongée au cœur des racines millénaires de l’Algérie

Dès les premières pages de l’ouvrage, Lila Lefèvre invite le lecteur à effectuer un saut dans le temps, bien avant l’avènement des frontières contemporaines et des grandes religions. Le livre s’ouvre sur l’ère des Numides, ces « hommes libres » vivant au rythme du vent, de la mer Méditerranée au nord et de l’immensité du Sahara au sud.

L’auteure remonte la stratification historique d’une nation façonnée par les cycles naturels et les traditions tribales, rappelant que l’identité algérienne repose sur des fondations plurielles : amazighes, numides, romaines, chrétiennes, musulmanes et modernes. C’est dans ce cadre antique, plus précisément dans la paisible cité de Thagaste (aujourd’hui Souk Ahras), qu’émerge la figure centrale de Monique et de son fils, Augustin.

Monique et Augustin : La transmission, la patience et l’amour maternel

Une part essentielle du livre est consacrée à la figure de Monique de Thagaste. Femmes de conviction plus que de théories théologiques, Monique incarne la foi vécue au quotidien, guidée par une patience presque déroutante face à son époux païen Patricius et à la vivacité d’esprit de son fils Augustin.

À travers des dialogues imaginés mais ancrés dans la réalité historique, l’auteure met en lumière la réponse de Monique à la curiosité d’un Augustin enfant s’interrogeant sur le mal : « Parce qu’ils cherchent quelque chose… mais ils ne savent pas encore quoi. »

Cette relation intime entre mère et fils résonne avec une force particulière dans l’ouvrage. Lila Lefèvre souligne à quel point l’influence de Monique a guidé Augustin tout au long de sa vie, faisant de cette histoire maternelle une matrice universelle et intemporelle.

Le parallèle bouleversant : Le retour à Thagaste et la blessure de l’auteure

Le cœur battant de l’ouvrage réside dans le miroir tendu entre le parcours d’Augustin et l’histoire personnelle de Lila Lefèvre. Lorsque Augustin revient en Afrique du Nord après son baptême et la mort de sa mère Monique, il marche dans Thagaste en homme transformé mais endeuillé. C’est ce même sentiment de vide et de quête que l’auteure éprouve à son propre retour. Partie étudier en Belgique en 1986, Lila Lefèvre a porté pendant des années une blessure profonde : lors du décès de sa mère en janvier 2013.

Il aura fallu attendre le 9 mai 2022 pour qu’elle puisse enfin fouler à nouveau le sol algérien. En se recueillant sur la tombe fleurie de sa mère à Bir Ghbalou, après être passée par Alger et Bouira, la journaliste accomplit ce deuil suspendu. Ce jour-là, dans le silence du cimetière qui rappelait les pleurs silencieux de sa mère à chaque départ d’été, l’auteure comprend qu’en écrivant sur Saint Augustin, elle répare également une part de sa propre existence.

Le pape Léon XIV et la diplomatie spirituelle

Si l’intime donne au livre son émotion, la politique et la spiritualité lui offrent son armature. La venue du pape Léon XIV en Algérie qualifiée par l’auteure de « retour » et de « traversée » plutôt que d’une simple visite officielle constitue la clé de voûte de l’ouvrage.

De la basilique d’Alger aux ruines d’Annaba (l’ancienne Hippone), la présence d’un souverain pontife augustinien sur la terre d’Augustin sort le philosophe des manuels d’histoire pour le réancrer dans le présent. Lila Lefèvre y voit l’illustration parfaite d’une « diplomatie spirituelle » : Augustin d’Hippone, révéré par des centaines de millions de personnes à travers le monde, devient un pont culturel et mémoriel majeur. Valoriser cet héritage permet à l’Algérie de réaffirmer son rôle historique de carrefour universel de dialogues et de civilisations.

L’essence du livre : Une quadruples rencontre

En conclusion de cet ouvrage qui dépasse la simple enquête ou le manuel d’histoire, Lila Lefèvre définit son œuvre comme une grande « rencontre » articulée autour de quatre dimensions :
Une rencontre journalistique et intime : Celle d’une femme retrouvant son pays natal après quarante ans d’absence et d’allers-retours entre la Belgique et l’Algérie.

Une rencontre historique : Le dialogue entre l’Algérie d’aujourd’hui et sa mémoire millénaire.

Une rencontre spirituelle : Le croisement entre la pensée de Saint Augustin et la démarche du pape Léon XIV.

Une rencontre filiale : Les retrouvailles poignantes d’une fille avec la mémoire et le souvenir silencieux de sa mère.

‏En rappelant que la jeunesse algérienne a tout à gagner à réinvestir l’ensemble des strates de son patrimoine, Lila Lefèvre signe un plaidoyer pour une mémoire apaisée, où connaître toute son histoire ne divise jamais, mais rend au contraire une nation plus forte et confiante en son avenir.

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